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Lundi 12 octobre, 80 Arcachonnais ont participé à la dictée de la Semaine Bleue.
Trois textes avaient été sélectionnés en fonction du niveau des participants

80 Arcachonnais de tous les âges planchent sur la dictée de la Semaine Bleue

Lundi 12 octobre, 80 Arcachonnais, de tous les âges et tous les horizons, ont pris part à la désormais traditionnelle dictée de la Semaine Bleue. Enfants adolescents et adultes ont planché simultanément à cinq endroits différents de la Ville sur trois textes qu'avaient sélectionnés pour eux les membres du comité de lecture de la bibliothèque.

Arcachon en ligne s'est rendu sur l'un des lieux où la dictée a été lue, à la Maison des Associations, où se trouvaient des élèves de CM2 des Abatilles, des lycéens de Condorcet et quelques séniors.

La gagnante des précédentes éditions de la dictée, Jeannine Rabeau, a donné lecture, à la Maison des Associations, des trois textes que les membres du comité de lecture de la bibliothèque d'Arcachon avaient séléctionnés.

Samedi 17 octobre, sous la Halle de l'Aiguillon, les participants qui ont fait le moins de fautes dans leur catégorie d'âge à cette 5ème édition de la dictée de la Semaine Bleue recevront des paniers garnis en guise de récompense.

Voici les morceaux choisis de l'ouvrage "Je vous écris du Bassin d'Arcachon", par Jean-Claude Garnung (textes recueillis) paru en 2002 aux éditions Pimientos, qui ont été lus :

Pour les enfants de CM2 : « Lettres de Piquey » par Jean COCTEAU  (pages 74 à 77)

"A minuit quand tout le monde dort, je pars avec les pêcheurs sur le Bassin. Je rame et on pêche des soles, des rougets qui tambourinent au fond de la pinasse et meurent roulés dans le phosphore.
Promenades incomparables, bibliques, et l’après-midi après on se repose tout nu au soleil qui vous fait sentir le petit pain. C’est la vie que j’aime, hélas inféconde !

Trois jours de soleil radieux avec cure et ventre de bronze. On se gave de poisson qu’on pêche comme les apôtres debout dans les barques la nuit avec filets phosphorescents, très miracle…

Nous vivons au Paradis terrestre avec des soleils et des lunes de carte postale en couleurs…quelquefois la nuit on traverse la forêt de pins au clair de lune (…), on arrive à l’océan qui tonne, on pêche dans des tourbillons de phosphore et on se sèche autour d’un énorme feu d’épaves. Je me demande comment je vais vivre en ville…

Je suis triste de quitter cette solitude un peu farouche que j’aime et qui retrouve en moi je ne sais quels atavismes. Ma chère cabane qui craque sous la tempête est pleine de passions d’une famille repliée sur elle-même".
 

Pour les lycéens : « Souvenirs d’Arcachon » par François MAURIAC (pages 97, 101 et 102)

"Bien avant ma première rencontre avec la mer, je savais que les pins du parc où nous jouions composaient l’arrière-garde d’une armée immense, en marche vers Arcachon et vers l’Océan. Ce coin perdu des Landes où nous passions la saison brûlante, nous déplorions qu’il fût très proche de la mer, à vol d’oiseau, et pourtant trop éloigné pour espérer découvrir à l’horizon une frange d’écume, même si nous avions su, comme la petit Poucet, grimper jusqu’à la plus haute branche.  

Autour du Bassin, nous assistons aux deux phases de la lutte. Tantôt la mer attaque avec violence ou sape sournoisement : après avoir dévoré la plage, elle assiège digues et perrés ; et tantôt elle se retire au contraire, s’éloigne le plus possible des rivages humains. Sur le bord opposé à celui d’Arcachon règnent d’étranges pays de vase que l’eau recouvre encore à l’heure de la marée. Avant le déjeuner, la mer brillait sous vos fenêtres ; et quand vous voulez la contempler de nouveau, elle n’est plus là ; c’est, à perte de vue, une plaine où seules quelques flaques luisent, et, sans les pinasses échouées comme des baleines mortes, on pourrait croire que la marée n’est jamais venue si loin. Ici, la mer n’attaque plus, elle se dérobe.

Mais ceux qui n’aiment pas la mer songent à cette forêt d’Arcachon où les pins, assez éloignés de l’océan pour n’avoir pas souffert de son souffle, érigent leurs troncs écailleux. A l’abri des dunes, fleurissent tôt les genêts et les ajoncs ; et le sous-bois est plein de ces arbousiers que nous ne pûmes jamais acclimater dans notre lande natale.

Arcachon rappelle les grandes vacances bienheureuses, les enfants qu’on grondait parce qu’ils entraient pieds nus dans la villa, le jardin au bord de bassin, où un monsieur bordelais, un peu corpulent, portant à la casquette l’insigne de la Société « la Voile », maniait ses jumelles marines d’un geste d’amiral, attentif aux régates qui se disputaient sous ses yeux. La course inclinait les bateaux dont la voilure touchait presque la vague".

Pour les adultes : « Récit de la lande » par Gabriele d’ANNUNZIO (pages 59 et 60)

"Des monceaux de châles ou de couvertures, soulevés de temps à autre par une quinte de toux, reposaient sur des chaises longues en osier, derrière des vitres nettes, qui, comme celles des aquariums, paraissaient closes sur un monde lointain. Au milieu de la route blanche, une file interminable de chenilles, descendues on ne sait d’où, s’acheminait vers l’éternité de la contraction molle et affreuse de ses myriades d’anneaux. Un de leurs nids duveteux, à l’extrémité d’un rameau, avait l’air d’une main malade enveloppée de charpie.

Un grand souffle de vent passa au-dessus de ma tête, une de ces bouffées soudaines venues, semble-t-il, des confins merveilleux d’une autre vie qu’il nous est confusément donné de connaître parfois, grâce à de certains éclairs du souvenir, à de certaines lueurs de notre anxiété, quand notre esprit peut-être se rappelle, peut-être présage ou se débat en vain pour se soustraire aux habitudes, aux manies, aux mensonges, aux grimaces, aux peurs, aux infections sans nombre dont est composée notre vie.

 Le pollen semblait fumer autour des rameaux secoués et dorer un nuage tout lacéré qui soudain me laissa découvrir le plus angélique des visages de l’air, entre deux lambeaux pareils à deux bandelettes de lin poudrées de cet or sylvestre.

 Et avant d’entendre la note maladroite d’un rossignol novice, je sentis que le pin, au passage du souffle, se gonflait de musique, des racines au faîte, tout comme un instrument à vent.

Et il suffit de cette note grêle pour que tout fût changé.

La Lande était obscure, sous le ciel bas ; mais il faisait doux…J’entendais les cris rauques des oiseaux marins, au-delà des dunes, semblables par instant à un piaulement mélancolique, et le grand désespoir de l’océan, et la note du hibou qui chaque fois me touchait au point le plus douloureux de mon cœur, comme s’il l’eût connu mieux que moi-même.

C’est un Nirvana romantique qui étend son pouvoir sur toutes choses et qui fait aux êtres un réveil souriant et un sommeil plein de rêves paradisiaques".